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Capitale de la Corse génoise, Bastia est l’un des principaux lieux de création artistique de l’île, notamment grâce aux nombreux commanditaires qu’elle accueille. Gouverneurs, prélats et riches bourgeois bastiais rivalisent  pendant toute la période afin de doter la ville de somptueux objets destinés à enrichir le prestige des églises et des couvents, initiant ainsi pour Bastia une tradition de centre artistique et intellectuel de l’île.

L’effervescence artistique des 17ème-18ème siècle à Bastia permet une diffusion des modèles baroques italiens par le biais de copies que l'on trouve tant dans la ville que dans le reste de la Corse. Des peintres locaux tels Nicolao Castiglione ou Saverio Farinole vont à partir du 17ème produire pour toute l’île en s’inspirant des œuvres des grands maîtres génois, Domenico Piola ou Giuseppe Badaracco, ou Fforentin, comme Giovanni Billivert, importé à grands frais pour les églises bastiaises. On retrouve le même phénomène dans l’orfèvrerie, même si dans ce second cas les œuvres produites pour les églises bastiaises sont de nettement plus belle facture que leurs copies destinées à des communes moins fortunées.

Ce foisonnement artistique va connaître un regain au 19ème grâce à la conjonction de plusieurs facteurs, dont le plus marquant est sans conteste le legs Sisco.

Originaire de Bastia, Giuseppe Sisco premier chirurgien du pape Pie VII lègue à sa mort  tout son patrimoine à une fondation. Elle est chargée de distribuer des bourses permettant à de jeunes bastiais d’étudier le droit, la médecine ou les beaux-arts à Rome. Ces dispositions sont appliquées à partir de 1841, mais dès 1876 l'Etat français ne reconnaît plus la validité des diplômes de droit et de médecine délivrés par les universités italiennes. Seuls de jeunes artistes vont continuer à postuler pour ces bourses. De 1841 à 1893 ils sont 26 à en bénéficier, dont les sculpteurs Louis Patriarche et Mathieu Pekle, et les peintres Charles Fortuné Guasco, Louis Alessi ou Joseph de Gislain.

Un autre héritage va conforter l’ancrage de la production artistique bastiaise du 19ème siècle dans la tradition italienne.Il s’agit de la donation Survilliers, plus connue sous l’appellation de « legs Fesch ». Le Cardinal Fesch avait décidé de léguer une partie de sa collection à la ville d’Ajaccio en vue de la création d’un séminaire. Joseph Bonaparte, Comte de Survilliers, neveu et légataire universel du Cardinal décida d’élargir ce don à d’autres villes de l’île. Ainsi en 1844 il donna 100 œuvres à Bastia, essentiellement de la peinture italienne du 16ème au 18ème siècle. Dans l’attente de la création d’un Musée, ces œuvres furent installées dans différents édifices publics tels les églises ou le collège où elles servirent de support aux cours de dessin. Les jeunes artistes bastiais pouvaient donc commencer leur formation sur place en s’inspirant d’un certain nombre d’œuvres italiennes de très bonne qualité

La peinture et la sculpture ne sont pas les seuls domaines artistiques à être marqués par la tradition italienne. Dans la première partie du 19ème siècle les élites revendiquent ouvertement leur italianité en résistance au pouvoir politique français. Ainsi le Théâtre de Bastia accueille tout au long du siècle du théâtre et du Bel Canto italiens, avec une modeste apparition du répertoire français à partir des années 1870. Le phénomène est identique en ce qui concerne la production littéraire, même si on assiste dès le Second Empire à une immersion dans la culture française.

Bastia est donc au 19ème siècle le principal centre intellectuel et artistique de l’île, celui où se jouent les grandes batailles idéologiques et où se retrouvent les principaux artistes de la période, tous domaines confondus. On le remarque notamment dans le domaine de la photographie qui s’y développe comme pratique artistique en même temps que sur le Continent avec des noms  aussi emblématiques que Barthélémy Graziani ou Joseph Moretti.
 


Le legs Fesch

Le legs Fesch

Le legs Sisco

Bastia porte du baroque 17e et 18e siècles